Bellecour ou L’homme à genoux

juin 8, 2009 at 5:30 (Incroyabilitude)

C’était un dimanche matin aux environs de 9h, près des arrêts de bus.

Il n’y a presque personne dans la rue ce matin mais j’entends la voix d’un homme tremblante qui pleure. Je m’avance jusqu’à mon arrêt de bus et le voit arriver devant moi. C’est un homme noir de 47 ans (il me l’a dit), le crâne rasé, portant un jeans baggy kaki et un t-shirt noir avec des baskets. Ces yeux sont rouges et humides, il tient une cannette de bière dans la main et parle à voix haute pour lui-même. Il se place face à moi et me parle mais je comprends très mal ce qu’il essaie de me dire car il pleure en même temps. J’ai cru interpréter qu’il m’expliquait qu’il était très malheureux et qu’il s’était fait renvoyé de son travail car il avait bu.

Puis je ne sais pourquoi, il se met à genoux devant moi comme pour me supplier de le pardonner et de comprendre sa douleur… “Et ma Laïka, ma belle Laïka…Je l’aime tellement tu sais. C’est ma petite fille Laïka…“  La source de son malheur provient d’après ce qu’il m’explique d’une dispute avec sa fille Laïka de 23 ans. Ce sont des problèmes générationnels mêlés à des problèmes d’immigration que, hélas, surement un certain nombre de personnes connaissent ici en France.

Elle me dit: “Mais Papa! Les papiers ça ne suffit pas pour avoir sa place!” Je lui dit: “Eyh ma fille je suis en France depuis plus longtemps que toi!” Mais tu sais ce qu’elle me répond: “Mais Papa, pourquoi alors tu as toujours l’accent, pourquoi tu gardes ces habitudes…“” … “Et ton copain ma fille, il est comment? Il est noir? Non Papa, il est blond et il a la peau blanche, mais tu sais Papa,  le sang à l’intérieur c’est le même…” Ce sont quelques morceaux de phrases que j’ai compris malgré les sanglots et qui m’ont marqués.

En continuant de raconter, il s’est relevé. Puis s’est ensuite arrêté de pleurer, a esquissé un sourire et m’a dit: “Merci de m’avoir reveillé!“. Pour l’avoir seulement écouté? Nous avons “checké” pour nous saluer puis il est reparti.

Un autre homme qui attendait le bus également est venu ensuite me parler: “Il était bizarre ce type, à se mettre à genoux…Qu’est-ce qu’il avait?” Bizarre? Non, simplement  malheureux et blessé et il avait besoin de faire sortir ce qui le bouleversait.

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Les enfants aussi sont incroyables!

juin 2, 2009 at 12:15 (Remarquitude)

Je travaille dans un parc et je rencontre beaucoup d’enfants.

Il y a des soirs où je rentre et je me dis que je n’aurai jamais d’enfants, et d’autres où je me dis que si c’est possible, quand même, il y en a quelques uns qui sont intéressants…

Ce qui me fait le plus rire c’est leur discours qui, pour nous adulte, n’est pas forcément cohérent. Alors que si on prend leurs référentiels, leur logique et leurs associations d’idées prennent du sens.

J’ai tout de même réussi à être abasourdie il y a quelques jours.Jje m’occupe de deux petits garçons d’environ 7-8 ans et leur demande comment ils s’appellent. Le plus petit me répond qu’ils sont cousins et que “d’abord son père (au plus grand) il est mort!“, “Il est mort il y a 5 ans parce qu’il était très malade!” … Va enchainer derrière ! Heureusement ce petit garçon à la langue bien pendue a continué à me raconter leur vie en me parlant de leurs trois chiens.

Je crois que tout simplement ce garçon m’expliquait, à sa manière, qu’ils étaient des cousins mais vivaient ensemble comme des frères suite au décès du père de l’un d’eux. Il fallait donc passer par cette information, déconcertante sur le moment pour moi, pour bien que je comprenne dans quelle situation ils se trouvaient.

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