Les gens qui parlent tout fort
Il y a un certain nombre de personnes que je trouve incroyables et parmi celles-ci il y a les gens qui parlent tout fort. Autrement dit les personnes qui s’expriment à haute voix, seules.
J’ai grandi à la campagne, et la-bas quand on croise une personne qui s’énerve et parle fort tout le monde se retourne pour voir d’où cela vient, et la regarde comme si elle était folle : “Oh! Mais a-t-on idée de parler ainsi!”
A Lyon, au contraire, les gens ne changent pas d’attitude, même pas d’étonnement comme si c’était courant, on ne fait pas attention, ça ne me concerne pas. Je ne veux pas faire de généralité non plus, bien sûr parfois quelques uns se retournent et esquissent un sourire genre “Il a craqué son slip cui-la!”
Moi ces personnes qui se débattent dans la foule elles m’amusent. Qu’est-ce qui peut bien les mettre dans cet état, à se mettre à penser à voix haute ? Et il faut les écouter! Souvent ce sont des insultes, envers le monde entier, ou bien seulement le vendeuse qui l’a regardé de travers… Et ce qu’ils racontent n’est pas forcément incohérent : je crois plutôt qu’il s’agit d’une suite d’associations d’idées sauf que la parole est beaucoup plus lente que la pensée et, c’est justement un jeu très intéressant que d’essayer de la suivre pour nous, qui, de l’extérieur, n’avons que le son.
Pas besoin de leur parler finalement à ces inconnus, seulement les écouter.
Rue Roger Salengro ou L’homme au croisement
C’était très tôt dans la nuit, je rentrais avec Dorothée et Chloé, à pied, sous la pluie.
N’ayant pas de parapluie, nous nous pressons sur le trottoir en jouant à éviter les gouttes et en riant. C’est là que j’aperçois à un croisement un jeune homme, jogging et vêtement de pluie, debout au milieu de la route, l’air hébété, la bouche entrouverte, qui nous regarde passer. Nous continuons. Intriguée, je me retourne, il nous regarde toujours. Alors je ne peux m’empêcher de lui lancer :”Ne nous regarde pas comme ça!”. Immédiatement fustigation de la part de mes amies : “Mais pourquoi t’as fait ça!” “Allé Céline, tu pouvais pas te taire pour une fois!”. J’essaie de me défendre : “Oui mais il était au milieu du carrefour, c’était dangereux, il fallait le faire réagir.” Ce qui n’a pas raté puisque ce jeune homme nous a rattrapées en courant…
Alors j’ai essayé de me racheter en tentant une négociation : “Non mais laisse nous, rentre chez toi il pleut!” “Nan mais allé les filles, vous allez où?” “Non laisse nous, on n’a pas le temps! Sinon on part en courant!” Et comme il insistait, hop on a fuit en courant, bien qu’il n’avait pas l’air méchant.
J’ai dû promettre de ne plus interpeller les gens dans la rue…même s’ils n’ont pas l’air bizarre.