Un parc près de la gare ou Le poète itinérant

août 26, 2008 at 10:36 (Incroyabilitude)

C’était un après-midi ensoleillé, je m’étais assise dans l’herbe pour profiter de l’ombre d’un arbre et pour lire en attendant Farah. Mes chaussettes couleur “peau de girafe” profitaient du léger courant d’air quand j’entendis s’approcher quelqu’un.

” Excusez-moi mademoiselle, pourrais-je vous demander si, et j’espère ne pas vous offenser, si vous n’auriez pas quelque substance illicite ? Et je m’explique tout de suite, c’est qu’il parait que maintenant ce sont davantage les filles qui transportent car elle risquent moins de contrôle de nos agents de répression.”

Quelle belle entrée en matière  ! Ce à quoi je répond qu’il n’en est rien. Il me demande alors s’il peut malgré tout partager ce bout d’herbes pour un instant. Ce jeune homme de 27 ans, brun, cheveux, barbe et ongles longs, portant un polo et un pantalon gris s’assoit donc et commence à rouler une cigarette. Il me demande ce que je lis puis me parle de ses lectures “particulières” en farfouillant dans son “bagage-à-main” (parce que le sac à dos ce n’est pas si terrible que ça), qui comprennent entre autres un livre de Isaac Asimov ; pour enchainer ensuite sur les œuvres de Camus et de Sartre et continuer la conversation sur la société et la liberté. Il m’explique alors qu’il souhaite être libre, c’est pourquoi il n’a pas de maison, et refuse de travailler. Mais il se rend compte qu’il ne l’est pas tant que ça et faute d’argent il sera peut être bien obligé de s’y mettre. Il a de belles et grandes idées mais finalement semble encore moins libre dans sa dépendance à sa substance très recherchée. Il m’apprend qu’il écrit mais que ça n’a toujours pas abouti et se définit lui-même comme un poète itinérant car il va de ville en ville, allant de rencontre en rencontre près des gares. C’est très amusant pour moi car je n’ai pas besoin de faire la conversation, cette personne très sympathique la fait en quelque sorte pour nous deux. Il me demande quand même quelles études je fais et m’explique : “Je fais de la sociologie aussi un peu à ma manière”, il ressent les choses, les gens, même sans les regarder. Et puis il arrive aussi à sentir les énergies, la nature, il peut même quasiment faire de la télépathie. Je demande un exemple concret : “Je crois bien qu’une fois j’ai fait littéralement l’amour à une jeune fille dans le train, sans vraiment la regarder, ouais.” Et d’après son regard porté vers le haut à gauche il ne s’agit pas d’imaginatif, mais se rappelle-t-il peut-être seulement la personne.

Après c’est à chacun de vouloir y croire ou non…

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