Métro D Saxe-Gambetta ou Céline, LV3: Anglais alcoolique
février 9, 2010
C’était un début de soirée, en semaine.
Je suis assise sur une place métallique et froide du quai quand j’aperçois un homme, d’une quarantaine d’année, cheveux châtains et raides, lui arrivant aux épaules, veste et pantalon dans les couleurs marron, les yeux clairs mais je ne saurais dire quelle couleur précisément, portant une vieille valise en cuir à la main. Il s’approche et s’arrête à environ 1 mètre de moi. Je regarde devant moi les rails mais je sens qu’il me fixe et hésite : me parler ou ne pas me parler ? Puis finalement il se lance : « Do you speak English? Parce que je ne parle pas très bien le français…«
A partir de la ce fut très amusant car nous avons essayé de nous comprendre dans un fran-glais drolistique! Enfin pour moi en tout cas. Lui, très calme, avait l’air fatigué, mais cette fatigue caractéristique des gens alcoolisés, les yeux qui peinent à rester ouverts, difficulté de se maintenir debout sans se tenir… Et je n’ai presque rien compris à notre conversation parce qu’il m’était trop difficile de dissocier chaque mot dans ses phrases! Au final ce que j’ai compris c’est son prénom, qu’il était Suédois, qu’il devait retrouvé un ami mais que Lyon était une grande ville et qu’il était difficile d’y faire des rencontres car les gens sont trop pressés et qu’il était aussi accessoirement à la recherche d’une AmiE… Ce qui était aussi intéressant pour moi dans cette situation c’est que pour une fois je n’ai pas ressentie ce blocage habituel quand je dois parler anglais.
C’était ma deuxième expérience de discussion en anglais alcolique, éh bien je trouve ça incroyablement plus amusant!
Métro A ou La femme au manteau de vison
décembre 27, 2009
C’était un début de soirée d’hiver, je fermais les yeux, assise dans une rame de métro peu remplie.
Mon attention se porte alors sur la conversation d’une femme, d’une cinquantaine d’année d’après la voix, assise derrière moi.
« … mais après ils ont donné les places à coté de nous! Tu imagines si on avait eu un manteau de vison, on l’aurait mis où? Il y avait bien un porte-manteau tout petit mais il était loin, loin devant la salle. Alors non, avec tout ce qui se passe en ce moment, je ne laisse mon manteau comme ça loin de moi…! »
Changement de sujet: « … Oui mes bottes, ça fait un moment que je les ai, c’est mon frère qui me les achetées. 1500, non euh 500, non je ne sais pas maintenant en euros combien ça fait.«
« … C’est comme l’autre, depuis qu’il a acheté une maison à l’autre merdeuse, il a fermé les robinets!«
Et je ne cite que quelques passages… Toute sa conversation (monologue plutôt) a tourné autour de l’argent. Mais pas un discours sur l’argent, après tout l’argent n’est pas tabou. Mais c’était plutôt que ses propos étaient toujours ponctués d’un commentaire concernant l’argent.
C’est dans ces moments la que je me dis qu’on ne vit pas tous dans le même monde, que je me rends compte qu’il existe vraiment des milieux particuliers et qu’il est difficile de se mélanger n’ayant pas les même références, les même interprétations.
Elle est decendue à l’arrêt Masséna…
Guillotière ou L’homme qui me raccompagne sur 15 mètres
octobre 27, 2009
C’était un soir vers 23h, je sortais d’un restaurant vietnamien le ventre bien rempli et me dirigeais vers le métro.
Après avoir souhaité une bonne nuit à deux amies qui devaient partir en sens inverse, un homme arrive à ma hauteur en marchant. Ce monsieur, d’une quarantaine d’année, cheveux châtains clairs, visage usé, pas très grand, jeans-chemise blanche-baskets, me sourit et me dit:
« Bonsoir, ah je vois que vos amies vous laissent alors je me permets de vous raccompagner je vous que nous allons du même coté, au moins jusqu’au métro!«
« Euh…Merci! C’est gentil! »
« Ah mais vous savez avec les temps qui court…Il ne faut pas rester toute seule. » dit-il en sa main sur mon épaule.
« Euh…(la un certain doute s’installe…) Vous savez que ce n’est pas très très rassurant ce que vous dites… » dis-je d’une petite voix.
Il se met à rire, du coup je ris aussi. Il n’avait pas l’air bien méchant. Il s’arrête devant le tabac et me propose de m’acheter un paquet de cigarette. Je lui dit que je ne fume pas et lui souhaite une bonne soirée.
Les gens me surprendront toujours par leur spontanéité!
Ces gens incroyables…
août 25, 2009
Il y a tout plein de personnes que nous croisons plusieurs fois dans notre vie mais dont nous ne nous souvenons pas. Et puis il y a ces gens incroyables que nous remarquons et dont nous nous souvenons à chaque fois que nous les croisons à nouveau. Ce sont la plupart des temps des personnes qui nous semblent décalées ou quelque peu marginales.
Et il y aussi ceux qui nous ont marqués mais que nous voudrions oublier…
Je m’attarderai plutôt sur les seconds.
Il y a cette femme que j’ai vu plusieurs fois rue Victor Hugo. C’est une femme d’une soixantaine d’années, les cheveux gris, pas très grande, qui parle parfois seule à haute voix en se promenant avec son petit chien. Ce qui la rend incroyable pour moi ce sont ces vêtements : une robe entièrement faite en bouts de tissu ou chiffons accrochés les uns aux autres!
Il y a ce monsieur que je vois soit dans le métro, soit place Bellecour. Un homme, aux cheveux et à la moustache grise, qui cherche à obtenir quelques pièces en échange de sa musique. Il circule avec sa guitare (ou sa basse) électrique et son micro branchés à son sac à dos où il y deux trous circulaires pour les hauts parleurs!
Il y a ce jeune homme, croisé soit dans le tram T1 soit près de la gare Part Dieu, qui marche pieds nus avec une couverture sur la tête qui mendie en chantant.
… Je complèterai surement cette article petit à petit avec d’autres gens incroyables…
Bellecour ou L’homme à genoux
juin 8, 2009
C’était un dimanche matin aux environs de 9h, près des arrêts de bus.
Il n’y a presque personne dans la rue ce matin mais j’entends la voix d’un homme tremblante qui pleure. Je m’avance jusqu’à mon arrêt de bus et le voit arriver devant moi. C’est un homme noir de 47 ans (il me l’a dit), le crâne rasé, portant un jeans baggy kaki et un t-shirt noir avec des baskets. Ces yeux sont rouges et humides, il tient une cannette de bière dans la main et parle à voix haute pour lui-même. Il se place face à moi et me parle mais je comprends très mal ce qu’il essaie de me dire car il pleure en même temps. J’ai cru interpréter qu’il m’expliquait qu’il était très malheureux et qu’il s’était fait renvoyé de son travail car il avait bu.
Puis je ne sais pourquoi, il se met à genoux devant moi comme pour me supplier de le pardonner et de comprendre sa douleur… « Et ma Laïka, ma belle Laïka…Je l’aime tellement tu sais. C’est ma petite fille Laïka…« La source de son malheur provient d’après ce qu’il m’explique d’une dispute avec sa fille Laïka de 23 ans. Ce sont des problèmes générationnels mêlés à des problèmes d’immigration que, hélas, surement un certain nombre de personnes connaissent ici en France.
« Elle me dit: « Mais Papa! Les papiers ça ne suffit pas pour avoir sa place! » Je lui dit: « Eyh ma fille je suis en France depuis plus longtemps que toi! » Mais tu sais ce qu’elle me répond: « Mais Papa, pourquoi alors tu as toujours l’accent, pourquoi tu gardes ces habitudes…« » … « Et ton copain ma fille, il est comment? Il est noir? Non Papa, il est blond et il a la peau blanche, mais tu sais Papa, le sang à l’intérieur c’est le même… » Ce sont quelques morceaux de phrases que j’ai compris malgré les sanglots et qui m’ont marqués.
En continuant de raconter, il s’est relevé. Puis s’est ensuite arrêté de pleurer, a esquissé un sourire et m’a dit: « Merci de m’avoir reveillé!« . Pour l’avoir seulement écouté? Nous avons « checké » pour nous saluer puis il est reparti.
Un autre homme qui attendait le bus également est venu ensuite me parler: « Il était bizarre ce type, à se mettre à genoux…Qu’est-ce qu’il avait? » Bizarre? Non, simplement malheureux et blessé et il avait besoin de faire sortir ce qui le bouleversait.
Les enfants aussi sont incroyables!
juin 2, 2009
Je travaille dans un parc et je rencontre beaucoup d’enfants.
Il y a des soirs où je rentre et je me dis que je n’aurai jamais d’enfants, et d’autres où je me dis que si c’est possible, quand même, il y en a quelques uns qui sont intéressants…
Ce qui me fait le plus rire c’est leur discours qui, pour nous adulte, n’est pas forcément cohérent. Alors que si on prend leurs référentiels, leur logique et leurs associations d’idées prennent du sens.
J’ai tout de même réussi à être abasourdie il y a quelques jours.Jje m’occupe de deux petits garçons d’environ 7-8 ans et leur demande comment ils s’appellent. Le plus petit me répond qu’ils sont cousins et que « d’abord son père (au plus grand) il est mort!« , « Il est mort il y a 5 ans parce qu’il était très malade! » … Va enchainer derrière ! Heureusement ce petit garçon à la langue bien pendue a continué à me raconter leur vie en me parlant de leurs trois chiens.
Je crois que tout simplement ce garçon m’expliquait, à sa manière, qu’ils étaient des cousins mais vivaient ensemble comme des frères suite au décès du père de l’un d’eux. Il fallait donc passer par cette information, déconcertante sur le moment pour moi, pour bien que je comprenne dans quelle situation ils se trouvaient.
Métro A ou L’homme « Bonsoir »
mai 6, 2009
C’était un mardi soir, je sortais voir des amis.
Je rentre dans le métro et m’assoie sur la banquette du fond de la rame. J’entends quelqu’un dire faiblement bonsoir et ce n’est qu’au bout de la troisième fois que je comprends qu’il s’adresse à moi. C’est un homme d’une soixantaine d’années, cheveux et barbe grise, casquette noire, pantalon et veste en jeans bleu avec un petit sac à dos noir et une haleine de cigarette froide. Je lui retourne alors son bonsoir et hop, ni une ni deux, il vient directement s’asseoir sur le siège à coté de moi. Il marmonne une phrase que je lui fait répéter et je crois percevoir quelque chose comme :
« On va prendre un café?« .
« Euh…Non merci, et puis je n’aime pas le café« ,
» Quelque chose d’autre alors?« ,
« Non non merci, on m’attend.« ,
« On se fait la bise alors! » et il se penche sur moi.
« Euh…Non mais la…non! » Déjà que je n’aime pas la cigarette mais alors l’odeur de la cigarette froide…
Mais cela ne le repousse pas, il prend mes cheveux dans ses deux mains, « Ils sont beaux tes cheveux. » et commence à vouloir les embrasser. Alors la j’ai récupéré mes cheveux et lui ai dit : « Non mais vraiment la je crois que ça va pas être possible! » Et à cet instant un autre homme avec un accent prononcé des personnes venant des pays de l’Est s’est énervé contre lui en agitant la main significativement comme s’il était prêt à lui mettre une claque: « Qu’est ce que tu fais la! Laisse-la tranquille, reste tranquille toi. Je te connais, c’est toi qui a fait chier ma femme l’autre fois alors reste bien tranquille.« . L’homme le plus âgé n’a plus rien dit, s’est levé et est sorti au prochain arrêt.
Il faut que j’arrête de rire quand les gens me proposent un café, je crois qu’ils pensent que c’est engageant…!
Tram T1 ou Le gymnaste
avril 27, 2009
C’était un soir en rentrant d’un petit concert sur la doua.
Et ce billet juste pour me souvenir d’une phrase mémorable qui m’a beaucoup fait rire sur le moment.
Cette phrase, une question plus précisément, m’a été posée par un jeune homme, gymnaste depuis 15 ans (il me l’a prouvé en réalisant un salto arrière dans la rue), et, quelque peu alcoolisé, certes :
» Toi, d’habitude, tu rentres plutôt à quelle heure? C’est plutôt jeudi ou vendredi?«
« Euh…Je ne suis pas sûre de pouvoir te répondre, il me semble que ni vendredi, ni jeudi ne soient des heures…«
« C’est pas faux!«
Métro Place Guichard ou L’homme à la canette
mars 18, 2009
C’était un soir, j’attendais assise sur le quai du métro, sur un fond musical plutôt jazzy.
J’entends quelqu’un qui s’approche sur ma droite, en fredonnant et en claquant des doigts : « Bonsoir la jeunesse! C’est une bonne soirée? » C’est un homme d’une cinquantaine d’années, pas très grand, le ventre rond, la peau mate, les cheveux noirs coupé court et légèrement dégarni. Il porte un jeans bleu, un pull noir, des baskets blanches et noires, et, tient une cannette de bière Despé à la main.
Il s’avance en passant devant moi en se trémoussant. Je lui lance alors : « Une démo!une démo!une démo! » en frappant dans mes mains. Et hop il enchaine sur quelques pas de danse coulés. Je continue en réclamant un « moon walk », ce qu’il tente aussitôt! Nous nous mettons alors à rire, et lui, enchaine en me racontant un petit bout de sa vie. (En quelque peu mélangé voila ce que ça donne:) « Tu vois moi j’suis là, tranquille, j’ai une femme avec qui je suis divorcé, j’ai un enfant de 7ans, ça va ça va…Et la je suis avec quelqu’un depuis un an. On est amoureux ça se passe bien tu vois. Faut rester Zen. Moi je rentre là, j’suis allé voir des amis à moi on est allé un peu dans les bars que je connais, parce que c’est mon quartier ici, c’est mon quartier. Et puis je vais renté tranquille, je vais me faire à manger et après je vais allumer un peu la télé pour m’endormir et tout…C’est comme ça, c’est une bonne soirée. Si tous les gens étaient comme ça, sans problème, tout irait bien. Faut rester Zen! Moi j’suis là avec ma bière mais c’est cool, j’suis bien. » Et c’est vrai qu’il est cool, très souriant et plutôt blagueur car en montant dans le métro il lance un « Contrôleur Mesdames et Messieurs!«
Encore une fois j’étais ravie d’avoir rencontré quelqu’un de « vrai » et de « Zen », mais je doute encore que cela suffise à oter tous les problèmes.
Au supermarché ou L’homme marmonnant
février 6, 2009
C’était un après-midi pluvieux, je faisais quelques courses pour me sustenter pour la semaine.
J’arrive à la caisse, essaie de choisir la moins chargée, et me place derrière un homme d’une cinquantaine d’années, les cheveux grisonnants, le visage fatigué et rouge, avec des yeux bleus à peine ouverts, une haleine alcoolisée, jeans et grand anorak noir. Je dispose mes courses et celui-ci commence à regarder d’un air intéressé mes briques de soupes. En faisant des signes de mains il me fait comprendre qu’il aimerait bien m’en prendre une. Je souris et lui réponds que je ne crois pas que ce sera possible. » Vraiment ? Pas de négociation possible ? » « Non, non. » Il me regarde alors droit dans les yeux et me dit : « En tout cas vous êtes très jolie et vous êtes sincère. C’est vrai quand on vous regarde dans les yeux… » Puis il continue dans des explications en marmonnant et en agitant les mains. « Euh… Merci. »Je n’ai rien compris du reste de la conversation jusqu’à ce qu’il paie ses courses, cependant il m’a fait beaucoup rire. Et finalement, au moment où il s’apprête à partir, il se retourne vers moi et me dit : « A+ princesse, et au plaisir. »
Eh bien, mine de rien, cela m’a mise de bonne humeur tout le reste de la journée!